AISSATOU

Hommage à Aissatou, femme à Cotonou, accoucheuse et muette


Dans le berceau de l’humanité,
Écoutons tes vieilles mains raconter
Des histoires de nouveau-nés,
Pleurs aigus, accents d’éternité.

Tes bras dirigent avec énergie,
Un ballet qui fait jaillir la vie ;
Vibrante et véhémente poésie
D’une baguette à sa symphonie.

Lorsque tes doigts chassent leur indolence,
Ils parlent et s’agitent avec cadence ;
Dix bouches mobiles et volubiles,
Qui accouchent nos enfants fragiles.

Ils réclament notre confiance
Pour travailler dans le silence
Et susurrent à une oreille docile,
Afin qu’elle reste tranquille.

Nul besoin que tes lèvres s’affolent
Pour rapporter ta sage parole ;
Tes paumes ridées cachent les branches
D’un arbre à palabre qui s’épanche.

« Ohé », semble dire un pouce levé !
Sans jactance, simplement triomphant,
Il clame que tout s’est bien passé,
Quand surgit la tête de l’enfant !

Tes yeux vifs puis ton corps ont parlé
Sans qu’aucun son ne soit prononcé,
Sans personne pour oser placoter,
Rire de la muette, à côté.

Voix du Griot ou du Marabout,
Ne polit pas de plus beau bijou,
Que ces tout petits cris naissants
Que poussent nos précieux descendants.

Truculent marché de Cotonou
Grouille dans ton bagou, Aissatou !
L’Afrique s’assied sur tes genoux,
Et puis t’embrasse sur la joue.

Par C’est Bastien
Share