Littérature

La condescendance

Vois-tu, tu me regardes toujours de haut.
Il me semble que, lorsque tu entres dans une pièce, ta manière de marcher, de te présenter, ressemblent à une arabesque placée au début d’une page d’un livre prétentieux.
Dès que je te sens arrivée, altière, le menton levé et fier, je sens mon corps se crisper. Les mots se brouillent dans mon esprit, ma nuque se raidit, car il me faut déjà réfléchir à la manière de composer la première phrase que je te prononcerai. C’est comme si, à chaque fois que je te parlais, je passais un examen, comme si tu n’étais attentive qu’aux coquilles qui pourraient m’échapper en formant mes mots, comme si m’observer trébucher te faisait plaisir, presque jouir.
Face au logogramme « ATTENTION » qui me barre l’esprit, devant tant de condescendance de ta part, je tente une remarque qui ne ressemble qu’à un gribouillis tant elle paraît confuse. Mais toi, tu
me réponds sûre de toi, ferme, comme si tu prenais le temps d’écrire des lettres cursives d’écolier, parfaitement réfléchies et agencées.
Peut-être alors devrais-je te faire un rébus, pour qu’enfin tu me comprennes ?
Puisque mon corps et mon visage expriment mille et un signe non verbaux que tu me mets mal à l’aise. Face à toi, je ne suis que l’ombre de moi-même ; mes bras nerveux s’agitent pour exprimer mon mal-être.
Pourtant, toi, telle un « i » tracé inflexible et droit à la règle, tu restes insensible à ma souffrance et continue à m’écraser par ta condescendance aigre et amère, avant de m’asséner, prévisible comme si un phylactère avait été dessiné à côté de tes lèvres pincées, une phrase assassine d’un ton agressif, qui me tombe sur la nuque telle un couperet.

Par Eliserem

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Scènes du quotidien

Au premier signe, le chef de gare agite son drapeau et le train s’ébranle.

Il a suffi d’un signe de la maitresse pour que la classe se lève à l’entrée du directeur.

Le petit enfant commence par faire des gribouillis sur le papier ou l’ardoise.

En regardant ce tableau, je remarque les jolies arabesques de ce peintre.

Le tracé de ce géomètre est bien celui que j’avais demandé pour cette maison.

Le petit oiseau du nid de mon acacia a cassé sa coquille et s’est envolé.

Entre copines nous avons tricoté des carrés de toutes les couleurs et nous avons composé de jolis coussins

Par Marie-Thérèse

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A l’école

Autrefois, dans nos petits villages, l’école n’avait qu’une classe unique. Une institutrice ou un instituteur avait les cours du CP au certificat d’études. Accrochées aux murs de la salle, des cartes de géographie permettaient de situer les départements, les montagnes ou encore le tracé des cours d’eau. Sur un panneau figuraient les douze signes du zodiaque. Plusieurs tableaux noirs encadraient le bureau de la maitresse. Les pupitres attachés aux bancs accueillaient chacun deux élèves. Des vitrines exposaient des minéraux ou encore des coquilles. Un haut poêle chauffait la salle en hiver. Les plus jeunes apprenaient à lire et à écrire en faisant des gribouillis. Les autres élèves faisaient du calcul, du français et d’autres matières à des niveaux différents. Pour les dictées, certains mots leur paraissaient bien barbares, comme logogramme ou phylactère. Ils devaient aussi composer des rédactions dont certaines, selon l’inspiration, étaient très cursives. En dessin, les sujets étaient variés, allant des arabesques aux paysages et parfois des rébus servaient de jeux. Beaucoup de choses ont changé mais les bons souvenirs demeurent.

Par Annick

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Promenade

Le printemps est revenu.
Les oiseaux chantent et les fleurs éclosent.
Le beau temps me fait signe et m’invite à partir à la plage.
Dans le ciel, les nuages dessinent de belles arabesques.
Les mouettes dansent de gracieux ballets.
Ramassant une coquille, je tente quelques tracés, peut-être des logogrammes.
Puis, m’asseyant, je regarde la mer.
Les vagues se fracassent sur les rochers dans des gerbes d’écumes.
Un bateau sort du port. Quelques voiles pointent à l’horizon.
Je cherche à composer un poème mais l’inspiration est cursive,
Et rature après rature, la page se couvre de gribouillis.
J’imagine alors une BD avec ses phylactères, autrement dit ses bulles.
Finalement, c’est plus facile de créer des rébus.
Mais le vent se lève, l’air fraichit, il est temps de rentrer.
Je suis heureuse d’avoir pu respirer l’air iodé à pleins poumons.

Par Annick

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Dis-moi dix mots

Vienne, mercredi 13 mars, 23 h 39.

Quand la coquille du feu rouge près de la cathédrale Saint-Maurice éclate dans un gros bang, quand une jeune femme s’allonge sur votre pare-brise, tenant serré, dans sa main droite, un phylactère, c’est peu banal. Quand elle est nue, un logogramme tatoué sous le sein gauche et qu’elle vous interpelle de ses grands yeux bleus, c’est encore moins banal. Si elle tente de composer un rébus rouge-sang au-dessus de l’essuie-glace et que quelques arabesques du même rouge coulent d’un corps sans autre imperfection, si elle a un trou rouge dans le front, vous ne me contredirez pas, c’est franchement surprenant.

C’est aussi le signe avant-coureur d’une nuit de contrariétés passée au commissariat à composer le tracé de cette fin de soirée pour l’élégante cursive –ou plutôt l’infâme gribouillis– d’un stagiaire surmonté d’un képi.

Mireille Perroton. Vieille histoire !…

Par Claudio

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Le rêve

Le rêve,

Ce jour-là Augustin qui approchait ses dix ans n’avait aucune envie d’apprendre sa leçon d’histoire.

Prenant l’attitude d’un penseur s’appuyant la tête sur une main et un crayon dans l’autre, il laissait courir son imagination. Ainsi il traçait sur sa feuille de cahier, tantôt des arabesques et autres gribouillis, tantôt d’une écriture cursive il composait une suite de mots, de signes en apparence sans aucun lien commun.

Il les entourait dans des phylactères qui avaient la forme de coquilles. Ces mots et ces signes pouvaient ressembler à des logogrammes et, pourquoi pas, en extrapolant, à des rébus.

Fin du vagabondage, Augustin reprenait sa leçon.

Par Laissac

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Une lettre de la terre

Je t’écris une lettre mon chéri, une lettre pleine de la douleur,
que tu me donnes en déchirant ma coquille,
Ma coquille que la divinité a remplie du bonheur.
Je t’ai donné la vie charmante que j’ai composé
De joie et du bienfait, mais t’as choisi d’enivrer
La vie des autres de mécontentement et du malheur.
Tu m’as fait ouvrir mes yeux que j’ai commis une faute grave,
Une faute grave de donner la vie aux humains qui ont oublié
leurs frontières, mais ont tracé des périphéries sur mon corps,
Ces périphéries font les phylactères des épines qui bâtissent
les murs dans les cœurs et sont signes d’émotions mortes.
Les arabesques, les Américains ou les Iraniens n’importe qui,
Tous sont prêts pour attaquer sur les uns des autres,
Mais qui a résolu les rebus de conquérir un lopin de terre,
Vraiment! Résolvant le rebus en tuant des innocents sans merci.
Avant, j’étais la terre avec des bijoux d’arbres et des montagnes
Que je vois rarement aujourd’hui dans mes bras et sur mon buste.
Tu as anéanti l’art de dieu et la beauté de mon organisme
Mon organisme qui a été une fois décoré des plantes grimpantes
Comme sur une feuille les mots cursifs d’une belle langue
La destruction des rivières me rend inquiète, Ce qu’il arrivera
à mes belles créations que je nourrissais avec de l’air frais,
maintenant ils respirent dans la fumée des cheminées et
ils meurent en buvant de l’eau dans les fleuves empoisonnés.
Au lieu de fleurs et des abeilles, il y a partout des logogrammes
Et des gribouillis où tu trouves de la gaîté et de la richesse.
La richesse, c’est elle qui t’as fait le fou et aussi aveugle
Que t’est incapable d’accepter tes bévues… Quelle honte!
Dans le monde, aujourd’hui, pourquoi créer plus en plus
d’abondance que l’humanité et la moralité, est plus important.
Tu m’as morcelé par ton égoïsme incontrôlable,
Mon âme est blessée par tes péchés, cette peine est grave
Mais n’oublie jamais, sans mon existence, la vie est pas possible,
Oh cher homme ! Peux-tu accepter une fois s’il te plait ma requête,
La requête de ne plus déchiqueter mon ventre avec les griffes en fer
Je t’en prie d’épargner mes belles bêtes et leurs nids
Les nids où éclosent les œufs et grandissent les petits.
Fais du bien aux autres, reviendra le bon vieux temps,
Tes descendants t’apprécieront et ils pourront en bénéficier.
Au lieu de gagner, acquiers la place dans le cœur et l’esprit
Et c’est l’opulence qu’on ne va pas voler de ton coffre.
Oh mon homme ! Oh mon homme! Accepte ma requête, je t’en prie !!!
Si, tu ne penses de moi, ça fait que moi aussi, je m’occupe de toi !!!

Par Vandana Devatwal

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Le vernissage

Aujourd’hui c’est vernissage à la salle d’expo
Ma toile est la plus mal placée, pas de chance…
Je piétine. Nous attendons la nouvelle correspondante du canard local.
La voilà enfin dans une robe imprimée d’arabesques. Tous les artistes présents se précipitent.
Hem ! Pas mal la fille, pas mal non plus ses premiers articles, pas une coquille et tout ça rédigé d’une écriture cursive.
Mlle a de l’inspiration et de l’orthographe, ce n’est pas comme les œuvres de son prédécesseur le roi du gribouillis.
Il me semble que je la reconnais. Où l’ai-je donc rencontrée ?
Je me creuse la tête. Le rébus est en place. Il suffit de suivre le tracé comme le limier.
Comme dans une BD, j’ai des logogrammes plein la tête. Elle me fait un beau sourire. J’ai l’impression que toute la salle aperçoit des phylactères au-dessus de moi, dévoilant mes pensées, elle s’exclame : « tu ne me reconnais plus ? Marilyn, ta petite copine du lycée, comme on se retrouve ! »
Et comme par hasard c’est moi qui ai gagné le prix…

Par l’Asso Ad Raden – Bibliothèque de Mespaul et l’Atelier d’écriture drôles d’oiseaux à une plume
Marcel

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