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Marie Bazin

Marie Bazin ouvre le préambule artistique de la 8e Bataille des 10 Mots. De quoi vous donner de l’inspiration avec ses œuvres lumineuses !

Artiste complète, Marie Bazin dessine, peint, crée des stylismes de bijoux, et est auteure de petites histoires depuis de nombreuses années. Elle a publié un roman « Le Piaf » aux Éditions Riqueti, une belle histoire d’amour qui oscille entre rêve et réalité, avec de belles rencontres (vécues) et un questionnement sur la vie.

Le Comte de Terrasse Boulebas

Monsieur le Comte de Terrasse Boulebas va partir aux Amériques pour vivre une grande aventure ! Veuf depuis peu et réalisant que tout a une fin il a décidé, avant de quitter ce monde, de pimenter un peu sa vie qu’il trouve trop terne et résolument trop triste. Il n’a plus aucune attache dans la contrée, plus rien ne le retient, voilà c’est décidé : il ira au Canada ! Deux jours avant son départ, il a tenu à réunir tous ses amis, pour eux il a organisé un grand festin. A la Taverne du Griot, ils sont venus nombreux boire et manger aux frais de Monsieur le Comte, une occasion comme celle là ça ne se refuse pas ! La bière coule à flot et elle rend notre hôte très décomplexé, ce soir il va dévoiler à ses convives sa future épopée, il tape dans ses mains pour capter leur attention et, empruntant déjà l’accent de sa future terre d’accueil, il les interpelle : «  Ohé ! Braves gens, ohé mes amis ! Ecoutez mouai ! ». Et il commence à parler avec beaucoup d’emphase faisant le beau, gonflant le torse, très volubile il débite toute une jactance sur sa future vie la rendant évidemment mirifique, il n’en finit pas d’enjoliver, de faire miroiter l’accueil des belles femmes qui sont si douces là bas, si aimables. Il a un tel bagou qu’il en serait  presque convaincant, il ne tarit pas d’éloges sur ce nouvel El Dorado, il embarque toute l’assemblée sur son tapis volant, elle boit ses paroles les yeux brillants d’excitation et la bouche en cœur d’étonnement. Avec force détails tous plus farfelus les uns que les autres, il raconte !… Il en rajoute, il en invente tant et si bien que sa voix finit par s’érailler tellement il parle faux ! Alors vite il s’humecte le gosier en buvant cul sec une énorme choppe de bière, imbibant au passage ses moustaches et tout ragaillardi par l’odeur douceâtre de la bière sur ses dernières, il reprend illico presto son baratin dithyrambique là où il l’avait laissé, parlant avec encore plus de superbe et une incroyable truculence. Il fait le beau, parade comme un dindon, emporté dans son élan il monte sur la table ! Aidé par les effluves d’alcool qui flottent dans la taverne et de tout ce qu’il a bu, il se sent hardi, il est heureux, il plane, les limites n’existent plus, d’ailleurs il n’en a plus depuis un certain temps, ne part-il pas aux Amériques, non ? Et ce qui devait arriver arriva ! Il s’est approché trop près du bord de la table et patratas le Comte de Terrasse Boulebas est tombé par terre ! Vite la femme du tavernier est venue à son secours ! Elle l’aime bien Monsieur le Comte, il y a des jours quand il était éméché, il lui a susurré de si jolis mots d’amour dans le creux de l’oreille et dans le creux de son décolleté. Quelle aubaine cette chute ! Elle peut le prendre dans ses bras et en profiter pour l’étreindre en l’aidant à se relever ; personne là n’y trouva à redire… Les convives rient à gorge déployée ! On placote, on pérore, on médirait presque ! Serait-ce un présage ? La chute de Monsieur le Comte de Terrasse « boule en bas ! », ils rient et ils rient, ils sont tous hilares ! Gagné par l’euphorie générale Monsieur le Comte rit aussi, on ne va pas gâcher une si belle fête ! Il en profite pour mettre son nez dans la généreuse poitrine de la tavernière, il s’ébroue de plaisir au milieu de ses seins, envoûté par leur odeur ! Tous les convives s’esclaffent, se tape sur le ventre, les cuisses, riant à n’en plus finir.

Oui ! Rions car là est le bonheur !…

Le Comte de Terrasse Boulebas vous salue bien bas et s’en va.

Marie Bazin

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