La condescendance

Vois-tu, tu me regardes toujours de haut.
Il me semble que, lorsque tu entres dans une pièce, ta manière de marcher, de te présenter, ressemblent à une arabesque placée au début d’une page d’un livre prétentieux.
Dès que je te sens arrivée, altière, le menton levé et fier, je sens mon corps se crisper. Les mots se brouillent dans mon esprit, ma nuque se raidit, car il me faut déjà réfléchir à la manière de composer la première phrase que je te prononcerai. C’est comme si, à chaque fois que je te parlais, je passais un examen, comme si tu n’étais attentive qu’aux coquilles qui pourraient m’échapper en formant mes mots, comme si m’observer trébucher te faisait plaisir, presque jouir.
Face au logogramme « ATTENTION » qui me barre l’esprit, devant tant de condescendance de ta part, je tente une remarque qui ne ressemble qu’à un gribouillis tant elle paraît confuse. Mais toi, tu
me réponds sûre de toi, ferme, comme si tu prenais le temps d’écrire des lettres cursives d’écolier, parfaitement réfléchies et agencées.
Peut-être alors devrais-je te faire un rébus, pour qu’enfin tu me comprennes ?
Puisque mon corps et mon visage expriment mille et un signe non verbaux que tu me mets mal à l’aise. Face à toi, je ne suis que l’ombre de moi-même ; mes bras nerveux s’agitent pour exprimer mon mal-être.
Pourtant, toi, telle un « i » tracé inflexible et droit à la règle, tu restes insensible à ma souffrance et continue à m’écraser par ta condescendance aigre et amère, avant de m’asséner, prévisible comme si un phylactère avait été dessiné à côté de tes lèvres pincées, une phrase assassine d’un ton agressif, qui me tombe sur la nuque telle un couperet.

Par Eliserem

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