Prophylaxie du suicide

Sous le ciel de Bwiza en mairie de Bujumbura, un certain lundi, à 6 heures du matin. Muzuka, Procureur de la République se réveille pour aller vaquer à ses activités. Après avoir offert à sa femme un tiède baiser, il se retire dans sa coquille de chambre et s’apprête à partir à son bureau, au centre-ville. En concomitance, sa femme se lève pour voir que le boy s’est déjà acquitté de son dû.

– Mon roi, tout est prêt, venez vous attabler !
– Oui, ma reine !
– Mais, aujourd’hui vous vous êtes levé très tôt !
– Bien sûr, ma chérie. Je dois arriver au bourreau à temps. J’ai eu du travail dont j’avais plus besoin. Imaginez le nombre de chômeurs en quête d’emploi ! C’est un grand nombre 60 % des inactifs dont la moyenne d’années dépasse 7. Pourquoi moi qui est plus chanceux en ayant à faire ne dois-je témoigner mon ardent labeur ? Le hasard l’a bien fait et je m’en réjouis. Même si je le méritais avec mes diplômes, mes certificats, mes attestations, il y en a plusieurs autres de ma promotion, plus diplômés, plus attestés ; plus certifiés que moi encore en quête. C’est pour cette raison qu’il fallait même faire des rondes nocturnes aux matériels divers bureautiques. Nous empêcherons l’irresponsabilité de certains de nos collègues qui en abusent pour se faire passer de voleurs en pillant nos ordinateurs avec les documents importants du travail. C’est un frein à notre développement, une maladie contagieuse nous mettant en chaos et avec notre économie.

– Ah! Ma bien aimée
– Oui
– T’en souviens-tu ?
– De quoi ?
– De ma copine de l’adolescence !
– D’adolescence ! Copine !
– Pourquoi pas fiancée ! De fiançailles ?
– Oui ! Ai-je pas l’habitude de tout dire ouvertement dès le début de ta découverte ?
– Si ! Je me souviens aussi d‘ elle. Que te rappelles-tu encore d’elle ?
– La nage ! Elle en était professionnelle. C’est bien elle qui me l’a apprise. Tu as volé une personne, un homme, un mari ! Tu es accusé de trafic d’être humain !
– Alors que c’est toi qui m’a proposé ce projet?
– Tant mieux ! Je dis les signes astucieux utilisés pour me la faire abandonner. Chère Cirore, partons avant le temps à nos occupations habituelles !
– Mon cœur, bonne route et bon retour à ton palais!

Par NGERAGEZE

A 7 h 10, Muzuka arrive à son bureau. Il commence à se cultiver dans les archives de ses prédécesseurs. Il commence par le rangement des archives selon les années, dés cette année, 2019 à sa naissance en 1989.

Un bon dirigeant, se dit-il, doit avoir le goût de la culture de sa direction. C’est ce qui le permet de savoir la défendre dans certaines circonstances. Il ne doit jamais manquer de quoi parler, quand il est sollicité, même en cas de surprise. C’est aussi une occasion de découvrir les questions fréquentes à la direction et la façon d’en trouver solution de mes prédécesseurs. Je cote les meilleurs et me réfère à eux pour défendre mon renom et mes successeurs me prendront comme un dans leur vie. Pour y arriver, j’éviterai de faire ce que les autres ont fait, mais les surpasser. Si non ça serait du plagiat. Toutes les générations sauront que je suis une figure historique au Mandela, au Charlemagne. Pour ceux qui se sont montrés apprentis, je les dévore en tirant constat utile dans leurs aventures. Car personne n’ a une parfaite perfection ici. C’est la vie; le parallélisme entre deux mi- jours de 24 heures formant un tout complet.

C’est 11 heures ! Le son de la cloche annonçant la fin de la récréation des élèves de l’école du Millénaire retentit. Le tour des documents de 1989, l’aube de mon existence. Ils sont plus nombreux ! Comme ces documents sont de ma génération, je fais grand effort de les analyser cursivement tous. Je m’accapare toujours tout ce qui est supposé être mien, ce qui a mes empreintes, ce qui a une certaine affinité avec moi. C’est l’égoïsme plutôt la responsabilité. Même le jour de mon jubilé quinquennal de mariage, je ferai le possible pour que toute chose évocatrice de nos générations soit présente. Ça ravira davantage ma famille, en invitant le chien de toute niche, l’oiseau de tout nid, toute poule de toute poulaille, toute chèvre de toute chèvrerie… de leur honneur qu’ils nous ont fait en partageant la même date d’anniversaires, en s’appelant les mêmes noms … avec nous. Pas possible ce jour-là de jubilé ! Les chiens aboieront, les oiseaux crieront, les coqs chanterons, les chèvres bêleront, les lions rugiront… Tous ces êtres exprimeront une allégresse complémentaire, distinguée, présentant une certaine harmonie incompatiblement agréable qui rehaussera ces cérémonies. Ça sera extra ! Cinq ans avec quelqu’une qui, mon cœur a choisie, c’est une grande période. Il y en a même qui divorcent après une journée, deux semaines… Une famille est une autre école qui exige la résolution d’autres problèmes plus compliqués que ceux académiques. Même une vie harmonieuse d’ensemble de 24 heures est une action miraculeuse. A part la vie qui est elle-même compliquée, il y a plusieurs autres qntilifes pouvant nous séparer: les nombreuses maladies et accidents mortels… Notre séjour, quel que soit sa longévité sur terre, devrait toujours être l’objet de joie.

A mon mouton! Ce dossier, Nta-ki-nya! Son propriétaire partage le nom avec ma mère! Très obligé d’en passer en revue à son intégralité. Il est très prodigieux!

«Proclamation du procès du crime no RP1192/89

Moi, Bayaga, l’envoyé spécial du procureur de la république, après avoir observé la constitution de la république en son article 1 de la loi no1/08 du 17/03/1980 portant organisation de la justice,

après avoir observé l’article no12, 24 et 48 concernant la justice dans les procès de crime de flagrance, vu le procès no1192/1989 de l’accusée, NTAKINYA qui a été rendu et proclamé publiquement en date du 27/08/1989, je proclame comme obligé par le procureur du gouvernement ce qui suit:

I.1. Le parquet a reçu les justifications de Ntakinya telles qu’il les a reçues et les a trouvées sans fondement,

I.2. Une sentence est prononcée à l’endroit de Ntakinya dans un procès de flagrance. NTAKINYA, tu es accusée d’avoir prémédité l’acte de jeter vivant dans la latrine, ton nouveau-né, Muzuka; tu es condamnée d’une peine à perpétuité et d’un million de fra d’amende.

I.3. Ntakinya, tu dois t’acquitter de frais justiciers.

II .En cas de non satisfaction de jugement rendu, interjette l’appel en déans 30 jours.

III. Pour que tu en sois toujours au courant, je te donne cette assignation dont le coût est de 500 fra.

J’en suis informée et je pose ma signature, accusée: Ntakinya»

La terre qui était très mauvaise devient mena très pire de façon que je ne croyais. Ma mère! Bien elle, qui m’a porté dans son placenta,… aurait-elle fallu oser faire disparaitre mes premiers jours? Si j’étais péri dans ces conditions, qui aurait pu chanter le dies iras pour moi? C’est très lamentable! Bien qu’elle m’a éduqué, elle n’aurait été contraint que par la prison centrale qui aurait été notre refuge jusqu’ à mes 3 ans. Si ce n’était la grâce présidentielle du changement républicain, nous serions encore en geôle. Mais, elle ne m’a rien dit. Elle reste plus réticente aussi pour mes séjours en prison et son déménagement vers la capitale. En réalité, j’étais comme déchet plastique subsaharien non recyclé en premier temps, si ce n’était l’intervention providentielle et législative qui m’a revalorisé… Mais ce crime est un cas le plus répugnant. Je hais la vie, le soleil, la terre…; je hais les êtres animés, humains…; je me hais moi-même. Je ne veux que la mort. Seulement la mort. Que j’aille me suicider après être venu de la tuer pour venger mes premiers séjours sur terre et mes droits fondamentaux en danger? Que je me donner du poison? Que je me décapite? Que? Non. C’est dégradant de me laisser miner par cette salle sinuosité animale. Ça, n’aurait aucune leçon pour nos toutes jeunes générations pouvant même se suicider devant une simple question d’abandon lors de copinage. Faut que je me distingue des êtres conduits par instinct. Pourquoi me priver de vie avec ma favorite, avec mes meilleurs enfants, avec tous ces si superbes êtres? Pourquoi condamner tout cet environnement encore plus heureux de moi. Pourquoi me passer de la douceur du lac, de la contemplation des hautes chutes plus limpides de la Karera, à cause de la trahison, de l’égoïsme d’une mère qui, aurait été trahie par un père qui reste encore méconnu? Je suis bâtard mais, différent des autres. Je suis ouvert, toujours habitué à partager ma vie. Et d’ailleurs, je vais tout de suite faire ce partage en composition des chansons pour le monde dans un langage plus soigné de peur de ne pas blesser personne même ladite mère encore vivante dont le séjour se rétrécit sans ajouter aucun rebus mais à la manière de logographes plus érudits. Cette mélancolie, je la sublimerai en consolation en régénérescence d’espoir pour les personnes malheureuses dont la terre semble lourde. Voilà une prévention efficace de ce malheur pour ces types de ma condition quitte à gâcher syncrétiquement leur vie. Les médicaments, il y en a plus efficaces et naturels.

Ensuite, je mettrai sur papier cette insupportable situation en poèmes, en contes,…. en nouvelles.

Enfin, pour cet horrible abus, j’y ferai des théâtres des films, des man shows, des bandes gribouillées avec beaucoup d’arabesques et de phylactères si soulagent, si réconfortant qu’autres artistes. Je contribuerai au changement de la mentalité.

 

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