Mirage

Fille du vent et de l’espace
Héritière des longues transhumances
Tes pas apprivoisaient le sable et le grès
Tes yeux perçaient les mystères du ciel
Enfance nomade sans entraves ni frontière
Ta vie était voyage.
Et puis, ils étaient venus bardés de fusils et d’interdits
plonger le campement dans une nuit sans lune.
Ta résistance brisée contre un roc d’ignorance.
Partir
Fuir
On dit des pays de droit, de liberté et de lumière.
Partir là-bas
Clandestine
passeport sans permis ni visa
Ton avenir abandonné à de mercantiles trafiquants
Cachée, déchirée, vidée, traquée, violée sans doute.
Soumise et résolue.
La peur, la soif et les larmes
La souffrance, le silence et les cris
Roulée dans ton voile, dérisoire protection
tu attends, guettes l’espoir sur un horizon de sang
Une côte de pierres battue par la mer où brillent les clinquants de l’exil
C’est l’ultime traversée
Toujours, ta vie fut voyage
Tu appelles, demandes l’asile
Bureau d’accueil : fermé définitivement.
Depuis des mois, ils ont construit remparts et barbelés,
ils ont voté décrets et interdits, masqués par des slogans d’humanité
Les gardiens de la liberté tournent, scrutent, rodent, contrôlent,
passeport sans permis, sans visa
clandestine !
Retenue, menottée, débarquée, refoulée.
Ton voyage brisé contre un mur d’indifférence.
On disait des pays de droit de liberté et de lumière.
Mirage !
Une nuit sans étoile et sans lune écrase le monde.

Par la médiathèque Marcel Pagnol
A Aubagne
Françoiz