Des livres partout…

Ce matin là, je m’étais réveillé, bien décidé à profiter pleinement de ma journée. Le soleil commençait à percer à travers les nuages et la température extérieure m’invitait à goûter au bonheur d’une promenade matinale.

L’air était doux, et mes pas alertes me menèrent jusqu’à la médiathèque d’Aubagne car mon livre terminé depuis trois jours attendait patiemment un remplaçant au chevet de mon lit. Vous connaissez Aubagne ? Marcel Pagnol, un de mes auteurs favoris, natif de cette ville l’a mise en exergue dans ses livres de souvenirs d’enfance : « Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers« …

Arrivé sur le parvis de la médiathèque, je fus très étonné de ne pas remarquer les allers-venues habituels des emprunteurs. Le parking était étonnamment vide et la porte était ouverte…J’osais un pas dans l’entrée…pas une âme dans le bâtiment, pas un bruit : un silence de cathédrale insolite…

Je me hasardais tout de même, et, en montant l’escalier un peu comme un voleur, je fus surpris de me trouver face à face avec une bibliothécaire…J’étais sauvé ! …mais ce n’était hélas, que mon image, mon avatar qui se reflétait dans un miroir…

La suite de cette contribution est hors concours car le texte ne respecte pas les modalités de participation (article 3) et excède les 1000 caractères espaces compris.

J’étais donc bien seul dans cet espace qui allait m’héberger pour un temps indéterminé… « des livres partout ! Quel bonheur, quel délire » aurait dit le père Hugo. La médiathèque était pour un temps toute à moi ! J’en profitais pour faire le curieux, le fureteur des rayons désertés. Je me baladais, libre dans les rayons avec mon panier à la main, et les livres, comme des grains de chapelet tombaient dans mon escarcelle. Je ne prenais même pas le temps de vérifier sur l’appareil nomade la présence d’un livre. Comme un maraudeur, un pirate des hautes mers, je dévalisais les rayons de tous les ouvrages de culture pour lesquels je trouvais un intérêt. Mes yeux et mes mains étaient partout mais ma besace commençait à devenir lourde…

Je me décidais alors à rentrer enfin chez moi, les bras chargés de livres. Je n’étais pas fier de mon acte de vandalisme, mais j’essayais de me persuader qu’une telle opportunité ne se présenterait pas de sitôt. Dans la rue, autour d’une foule redevenue nombreuse, je télésnobais mon cellulaire pour prendre connaissance des messages arrivés durant mon larcin. Après plusieurs consultations, quelle fut ma surprise de lire le texto suivant, terminé par un émoticône tirant la langue : « Vous avez été victime d’un canular, et êtes priés de vous rendre immédiatement à la médiathèque pour restituer les ouvrages dérobés ».

Un instant plus tard, les yeux encore hébétés de sommeil, je me réveillais en sueur ; vraiment cette fois ci ; soulagé et lavé de toute honte. Je sortais de ma léthargie, de ce délire qui reste un de mes rêves le plus saugrenu de mes nuits.

Par la médiathèque Marcel Pagnol
A Aubagne
Patrick Leidet