Le bateau des pirates

Sur les flots déchaînés le voilier gîtait violemment.
Les bourrasques le faisaient tanguer et des paquets d’eau noyaient régulièrement le pont.
Il fallait à tout prix trouver une anse où s’abriter pour attendre la fin de la tempête.
Le capitaine des pirates, claudiquait sur le pont en haranguant ses hommes à grands coups de « hardis les gars on va y arriver ! ».
Mais, de leurs corps transpirants sourdait surtout l’odeur de la peur et leur confiance en leur chef semblait ébranlée.
Soudain un rat affolé fusa hors d’une écoutille et se jeta dans les flots.
Le capitaine puisa dans cet incident la certitude de la proximité d’une terre.
Ses yeux fureteurs fouillaient l’horizon sans, pour l’instant, n’y voir rien de plus que de gros nuages.
Il connaissait bien ces eaux caribéennes et était sûr de trouver une crique, un havre ou héberger son navire au moins jusqu’à l’aube voire plus s’il fallait réparer les voiles !
Et voilà qu’à présent, il croyait voir dans le lointain une lumière diffuse !
Cela lui rappela aussitôt cette ancienne légende, ce vieux canular du voilier fantôme !
Il ne savait plus que penser et commençait lui-même à ressentir un sentiment de crainte.
Lorsque, enfin, l’un de ses hommes cria : « Capitaine ! Capitaine regardez, là… des rochers !!! » il poussa un profond soupir de soulagement.
La présence de rochers signifiait immanquablement une terre toute proche et cela rendit un peu de sérénité à son équipage.
Allons, ce n’était encore pas cette fois que « l’avatar » finirait sa carrière d’écumeur des mers !

Par la médiathèque Marcel Pagnol
A Aubagne