Hermès sous la neige

Partout, l’hiver avait tissé sa toile blanche. Chalets, sapins et hauts sommets s’unissaient en un même tableau, saisissant de beauté.

C’était justement cette vallée qui manquait à Loris, fraîchement débarqué du TGV, après sa journée de travail. Adieu les citadins et leurs bouilles lisses comme des émoticônes ! Place aux trognes authentiques des savoyards !

Pourtant, notre visiteur quitta rapidement le village, dont l’écrin moelleux n’était que rondeurs, faisant oublier les tracés anguleux de Paris.

Enivré par la magie de sa saison favorite, il se lança à l’assaut des coteaux. Les traces délicates d’un nomade aux longues oreilles, l’invitaient sur un sentier presque vierge. Intrigante demeure que cette vaste montagne, hébergeant d’invisibles êtres !

Au fil de ses pas, l’imprudent fureteur sentit une angoisse lui emplir la poitrine. Le vent s’était mit à tourner, amenant avec lui un épais nuage. Plus haut, volait un choucas à la silhouette noire, tel un mauvais présage. On aurait dit un pirate des cimes.

Pris dans l’enveloppant silence de neige, Loris décida de rebrousser chemin. Impossible. Où était-il au juste ? Dépité, l’aventurier déchu saisit son téléphone mobile : divin petit boitier, avatar d’Hermès, le messager    !

Vite, il tapa sa missive, non sans craindre qu’elle soit raillée comme ces canulars agrémentant le monde « connecté ».

L’espoir fut bref : l’écran, d’un noir profond, se mouchetait doucement de légères étoiles blanches…
Panne de batterie. De toutes façons, la montagne ne saurait se laisser télésnober !

Cruelle leçon d’humilité pour un urbain en vadrouille.

Par Nathalie THOMAS