Élégie

Emma s’afflige et trop souvent consulte
Le ténébreux nuage de ses intimes tumultes.
Elle y rumine un courriel, demeuré sans réponse ;
Faudrait-il pour autant qu’elle renonce
À ce songe compliqué, à sa perplexité ?
« Je susurre à ton oreille de doux mots exaltés,
Images de mon amour pour le favori de mes rêves.
Emma toute à toi. »
Vers Rodolphe le discourtois
Ses pensées s’élèvent ainsi sans trêve.
Un soir, elle invente, délirante, persistante,
La répartie de l’indifférent, caresse du bel ennui :
« Je cajole ton oreille de ma langue exultante,
Figure de mon désir pour la pirate de mes nuits.
Ton Rodolphe que si près de toi tu hébergeas. »
Depuis, chaque jour elle relit
Ce fruit cruel de sa mélancolie,
Le trouble mirage qui en émergea.
Sur ses plateformes nomades,
Sinistre dégringolade,
Elle parle de cet avatar,
Elle est malade de son canular !
Peut-être, par un émoticône destructeur,
Un doigt levé, vengeur, méprisant, arrogant,
Devrait-elle révoquer le chagrin fureteur,
Télésnober le mensonge fatigant ?

Par Jean-Pierre Bouguier