La huitième planète

La huitième planète était habitée par un écrivain. Il avait devant lui une page blanche qu’il fixait du regard, et une plume qu’il tenait dans la main. Il contemplait la page et ne remarqua même pas la présence du petit prince, qui ne put se décider à l’interrompre. Ils restèrent là, pendant quelques jours. L’écrivain éclata soudain en sanglots, pleura longtemps puis retourna à la contemplation passive de sa page blanche que le petit prince, fatigué, imaginait comme étant une arabesque aux motifs déprimants.

Bonjour, dit le petit prince.
– Bonjour, répondit l’écrivain.
– Qu’est ce que tu fais ?
– J’essaie d’écrire.
– Pourquoi  ?
– Pour oublier.
– Oublier quoi  ?

L’écrivain fixa une lointaine étoile, et ne répondit pas. Son regard frôla les gribouillis qu’il aurait composés auparavant et qui étaient dispersés un peu partout sur la planète.

Pourquoi n’écris-tu pas alors ?
– Je suis à court d’inspiration. Et il regarda le petit prince, pour la première fois. Ce petit bonhomme aux cheveux d’or et au sourire cristallin lui parut comme un parfait héros pour son histoire. Il lui dit :
– N’aurais-tu pas une histoire à me raconter ?

Et le petit prince, qui, après son long voyage, avait commencé à goûter aux délices de la parole, lui raconta son histoire. Il lui parla de sa rose, des curieuses rencontres qu’il avait faites, du renard, du serpent et de l’aviateur.

-Oublier quoi ? demanda le petit prince, qui, de sa vie, n’avait renoncé à une question une fois qu’il l’avait posée.
– Ma rose, répondit l’écrivain dans un souffle.

L’écrivain commença aussitôt à tracer sur la feuille blanche, une écriture cursive vit le jour sur la première page. Le petit prince sentit une immense tristesse l’envahir, et n’hésita plus une seconde.

-Adieu, Antoine.
Adieu, petit prince.

Par Mouad M.

Share