Pando & le Griot

Sur une île lointaine. Située en deçà de l’équateur. Bordée de marécages à perte de vue. Se trouvait Pando, le plus vieil arbre que le monde ait jamais porté. Ses racines placotaient dans la fange et les lichens laissaient à peine entrevoir sa sombre écorce.
Un jour, Pando sentit une main passer sur son épiderme. Une figure courbée, recouverte d’une loque, avec un hang pendant sur son dos, peinait dans son bayou. Le végétal l’interpella :
– Ohé !
Sitôt ouït cette voix, une personne bigarrée se dévoila. Il s’agissait là d’un griot égaré car son accent trahissait son origine.
– Je ne vous avais point vu cher ami. Lança-t-il avec jactance.
– Avançant tête baissée, il est naturel que vous ne m’ayez remarqué.
L’éloquence truculente de l’arbre captiva le griot.
– Toi à travers qui voyagent musique et poésie, que fais-tu loin de toute forme de vie ?
– Je suis las des Hommes, mes yeux sont en quête de nouvelles formes.
Le charme de son bagou séduit l’ancêtre.
– Prend une feuille de cette plante volubile, elle te sera utile pour noter cet adage que tu transmettras de villages en villages. Puis il lui susurra à l’oreille :
– Le tronc d’un arbre est droit et robuste en forêt alors qu’il est tortueux, seul, au milieu des marais. Médite ces paroles et compose ta mélodique parabole.
Le griot remercia solennellement Pando, revêtit sa guenille et prit le chemin pour s’en retourner vers les Hommes.

Par Valentin Simon
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