MOI LE MIGRANT

Ohé ! Ohé ! France, je viens te raconter mes souffrances,
Derrière la ville brisée, le Griot nous a tous réunis,
Nous a conté la paix, qui régnait jadis ici.
L’amour et les fleurs, et les voix des enfants,
Ont fait place aux peurs, aux cris qui glacent le sang.
« Rassemblez donc un sac, vous partirez cette nuit,
Sur une vieille barque, au péril de vos vies !! »
Le vieux a du bagou, il nous a convaincu,
Non ! Ce n’est pas un fou, ici nous sommes perdus.
Comme un secret précieux, nous conseille la patience,
France vous rendra heureux, donnez lui donc une chance,
Ne perdez pas de temps en d’inutiles jactances,
Face aux rejets des gens, répondez par le silence !
Pour ne pas mettre l’accent sur le fait qu’il restait,
Debout, fier et truculent, il nous demande de le quitter…
France, me voilà donc chez toi, seul et désœuvré,
Moi, je ne veux qu’un toit et pouvoir travailler.
J’entends susurrer, à chacun de mes passages,
Je pense à ceux restés, au périlleux voyage,
Mon pays est à sang, laissez moi donc rester,
Je veux vivre longtemps, et voir fleurir la paix.
Entendre placoter les enfants dans la cour de récré,
Plus de cris terrifiants, plus de villes bombardées.
France !! Tu m’as aidé, tu m’as tendu les bras,
Nos histoires sont liées, je ne t’oublierai pas.
La guerre nous a volé notre vieillard fragile,
Emporté par les bombes le Griot Volubile.

Par Safia
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