Ohé !

L’action se passe dans une grande ville-laboratoire, où l’on fabrique des marionnettes vivantes qui parlent et pensent comme les êtres humains.

On est le 5 mai 2753, quelque part sur la Terre. En fait, sous la Terre, à environ huit cents mètres sous le désert du Sahara.

– Mais vous êtes très volubile, ma chère Cléopatrine, s’exclame Pierre, une marionnette-arlequin, l’un des illustres savants de cette ville souterraine, responsable du projet «Jactance&Co».

– Merci, cher Pierre, répond, d’une voix douce et aiguë, l’aimable Cléopatrine, une marionnette très coquette, une maîtresse de la duperie, vêtue d’une belle robe égyptienne.

– Je ne sais pas comment vous avez réussi à convaincre notre collègue Madame Nietout, dont la sévérité est bien connue, d’accepter votre proposition…

– Pour le concours intergalactique Les Galacto-volubiles ? Ah, rien de plus simple !

– Mais, qu’est-ce que vous lui avez dit ?

– Vous savez, Madame Nietout est très sévère, impitoyable, extrêmement acide et insupportable, à première vue. Ou, mieux dire, pour faire un petit mot d’esprit, à premier mot. Elle a un langage truculent, avec des «r» très lourds et des «i» très aigus. Et puis, ses yeux…

– …qui ressemblent à des lumières phosphorescentes…, dit Pierre amusé.

– Comme vous avez raison ! Je n’y ai pas pensé !, s’amuse la petite marionnette. En tout cas, dit-elle, plus sérieuse, quand on réussit à l’impressionner, Madame Nietout devient bien douce et sensible.

– Et… comment doit-on faire, pour y arriver ?

– Il faut s’approcher d’elle et lui susurrer à l’oreille gauche (retenez, à l’oreille gauche !) une petite parole de rien du tout.

– Laquelle ?, demande Pierre, exalté.

Ohé !, s’exclame Cléopatrine, pleine de joie.

– Ohé, quoi ?, balbutie Pierre, ébahi.

– Mais, justement, le mot magique est «ohé !», reprend la petite marionnette.

-Et… qu’est-ce qui se passe, après ? Elle fait quoi ?

– Elle commence à placoter et à placoter comme une folle et l’on ne peut plus l’arrêter. On peut lui demander tout ce que l’on veut. Comme moi. Et, à la fin, pour la remercier, je lui ai offert une chanson magnifique, chantée par l’un de ces griots d’Afrique que j’aime tant. Je l’ai interprétée à ma façon et elle en a été très impressionnée. Ohé ! Voilà !

– Super !, s’écrie, pleine de joie, la petite marionnette.

Et, tous les deux, Pierre et Cléopatrine, se mettent à rire comme des fous, au milieu d’une foule de marionnettes vivantes qui parlent et parlent, à n’en plus finir.

Par l’atelier d’écriture « Les Francophiles »
Ioana, Miruna C., Gabriela, Maria, Miruna G.,  Mihaela et Petronela.
Professeur coordonnateur : Lucia Eniu
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