Palabres

L’aube s’est levée toute rose. De ma case, j’ai vu Mïa courir, puis le griot cheminer jusqu’au gros acacia qui a mille ans. C’est l’arbre à palabres. Celui qui accueille la jactance des vivants et des ancêtres.

Le plaignant est arrivé, d’un pas sec qui soulevait la poussière. Le village a fait cercle. Le griot a frappé le sol de son bâton. Et l’homme s’est emparé de la parole.

Ohé Griot ! Ohé ancêtres ! Écoutez le problème qui ronge mon foie : ma femme Mïa disparait la nuit. Et aujourd’hui, c’est ma chèvre qui s’est envolée. Je demande la Justice pour moi, bien marri, et pour mon troupeau tout désorienté !

Il parlait avec un accent terrible en roulant des yeux sans cesse. Les vieilles du village qui en avaient entendu placoter d’autres, ne bronchaient pas. Mais, nous, les gosses, on avait peur de cette voix volubile, de ce bagou truculent et de ses mimiques ivres de colère.

Le griot l’a écouté vider sa calebasse de fiel. Et tout à coup, il s’est levé. Ses genoux ont claqué tel le tonnerre dans l’air étouffant. Il a parlé à l’oreille du plaignant. Le griot n’a fait que susurrer. Mais l’homme est devenu gris. Il est parti si vite que la poussière voilait le crépuscule qui tombait. Tout rose.

Par NICOLAUS
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