Plaisir de la langue

Le griot s’arrêta lentement. Il fixait maintenant son auditoire, pendu à ses lèvres. Tous attendaient la fin du conte truculent qu’il racontait avec autant de bagou. Un sourire volubile marqua le visage du vieil homme, debout face à son public. Ohé ça, il le connaissait bien ! Ces regards attentifs, ces oreilles gourmandes tendues vers son phrasé et cette jactance qu’il soignait depuis tant d’années et qui faisaient son succès. Alors, doucement, de sa voix grave et chaude avec son léger accent, il se pencha imperceptiblement vers tous ces visages ébahis et susurra : « placoter, c’est bon pour les vieilles, ma belle amie, ma langue sera bien mieux placée, juste ici. ». Il accompagnât sa phrase d’un léger mouvement de l’index. Un frisson coquin parcourut les adultes de son auditoire, juste avant qu’il conclut : « et c’est ainsi que la princesse apprit que le plaisir de la langue n’est pas dans la méchanceté ».

Par Menot
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