L’ORALITÉ EST MA MOT-RALITE

Texte à administrer par voiX orale

« Tiens ta langue » me disait-on à la maison quand j’étais petite fille
Cette injonction me fit longtemps impression
Aujourd’hui celle, qui enfant ne pipait mot, est une dame qui vous
dame le pion avec sa langue bien pendue, ( a nouvelle s’est répandue), elle fait la nique aux interdits de l’expression et vous invite à venir bavarder, baratiner, bafouiller, baragouiner, déparler, déclamer, jargonner, jacter, jaspiner, papoter, placoter, proférer, susurrer, bref à vocaliser devant un auditoire dans une jubilatoire fran-cacophonie.
Accents pointu ou du midi, du pays ou pas d’ici, aigus et circonflexes,
tous les timbres ont voix au chapitre !

Mon oralité est ma Mot-ralité !
Je suis une griotte blanche… une barde cévenole, une ménestrelle à
cordes vocales, drôlesse au fol bagou qui gambade en phrases sans
emphase.
Adepte de Bacchanales dionysiaques du Verbe reliant le visible à
l’invisible par des fils de poésie en langues bien vivantes, héritière de
trouvère, je me balade au temps des syntaxes et conjugue texte et
voix dans un présent croustillant qui poly« sonne » aux oreilles.

Jeune encore et pas encore bavarde, je me suis abreuvée à la source
des rimes éloquentes de colporteurs de poèmes ; puis je me suis
laissée emportée par ce flot qui bouillonnait en mon for intérieur, telle mineur(e) œuvrant au fond de la nuit à extraire le minerai de la veine d’un filon de minerai précieux, caché puis découvert sous un coup de pioche… bonne pioche : ci-gît une richesse contenue en profondeur cherchant une sortie, une issue… l’issue du poème, comme une perspective humaine nouvellement envisagée, un possible littéraire, quand le manuscrit s’écrie !

Me voilà alors Poète à fesses, poètesse qui prend aujourd’hui de la
(H)auteure, et écrit, éprise du courant slam grand élan de jactance
venant de l’Afrique passant par l’Asie, l’Amérique et la France
francophone, ici et maintenant … enfin la Voix est libre ! Voilà c’est dit !

La poésie ne date pas d’hier mais un vent volubile souffle de nouveau depuis quelques décennies, la parole délivrée livrée à tous et portée par les jeunes, les vieux, les nantis, les pauvres, les incultes, les ignorants, les instruits, les savants, les bavards, les bègues, les
timides, les femmes, les hommes les transgenres, les virulents, les
lents, les adolescents, les gens …
La truculence des voix est au menu du jour

La langue est à l’honneur, oui, mais au service de la connaissance de Soi et de la connaissance de l’Autre, celui qui parle et celui qui ne parle pas ma langue, le français, le franco-phoné, le franc-parler et tous les autres.

Ohé ! c’est par ici, par là, par la parole, c’est par l’Art →

La clameur des slameurs, est architecte d’une parole vivante,
Ressuscitée d’entre les morts car le silence n’est pas d’or
D’ores et déjà, l’oralité nous tient lieu de mot-ralité
Quand elle est partagée !

Par Françoise VERILHAC
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