Résistance

Léon, respectable retraité de l’enseignement refusait envers et contre tout de tapoter sur un ordinateur, une tablette ou sur un smartphone. Lui, qui avait formé des étudiants durant toute sa vie professionnelle ne comprenait pas ce besoin d’aborder le domaine de l’informatique. Il se tenait sur un nuage blanc, transporté par le vent, au-delà de la nouveauté. Il la subissait passivement en la méprisant. Pour lui, le surf restait une bonne planche pour glisser sur les vagues de la côte basque ou des îles Hawaï.

Ce mot, « surf » le faisait rêver à des paysages merveilleux et il se sentait transporté par des exploits qu’il aurait pu accomplir quelques années plus tôt peut- être.

Léon était têtu mais néanmoins généreux. Il avait accepté d’héberger son petit-fils Théo, un nomade des universités : après deux années de médecine, il avait envisagé des études de droit pour finalement faire la manche dans les couloirs du métro avec sa guitare. Léon n’y croyait pas et pensait que Théo avait monté un canular pour le mettre en colère. En outre, pour avoir quelques revenus, Théo était devenu un pirate de comptes bancaires. Fureteur dans l’âme, il avait dérobé un logiciel qui lui permettait de garnir son compte discrètement, sans exagération. Il était malin et, jusque-là aucun avatar n’était venu troubler sa petite entreprise.

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Pour vérifier ou parfaire ses connaissances, Léon consultait son encyclopédie Universalis. Ça, au moins, c’était du lourd, du solide. Il en était fier. Google était inutile.
Parfois il disait à Théo : « Je ne te vois jamais avec un livre entre tes mains. Tu finiras pour de bon par aller gratter sur ta guitare dans les couloirs du métro. »

Et le jeune homme se gardait bien de répondre avec un sourire en coin.

Léon était l’honnêteté, la probité même. Théo devenait un petit voyou rusé mais néanmoins intelligent. Pourtant beaucoup d’amour et de respect les liaient.

Ce jour-là, ils étaient allés ensemble faire les courses au supermarché. Au rayon des légumes, Léon avait pris deux belles salades qu’il consommerait avec une bonne vinaigrette à l’ail. C’est ainsi qu’on les consomme en Provence. Avant d’aller au rayon suivant Théo dit : « Papi, les salades, tu dois les scanner ! »

Une gifle magistrale s’abat alors sur la joue de Théo qui n’en revient pas.

_ « Ça va pas non ?  » crie-t-il en massant sa joue rouge.

Léon clame alors bien fort :

_ « Je n’ai jamais rien volé de ma vie, je ne commencerai pas aujourd’hui ! »

Théo avait oublié qu’en Provence « escanner » signifie voler, dérober.

Voilà comment une erreur de français et une ignorance de vocabulaire informatique permit à Léon de donner à son petit-fils une leçon bien méritée pour tout autre chose bien plus grave que de simples salades.

Par la médiathèque Marcel Pagnol
A Aubagne
L. Montalban

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